26-12-2017 | Ref : 665 | 687 |

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Mot du rédac'chef du Képi blanc N° 805

Légionnaire, entends-tu ? Légionnaire écoutes-tu ? Les chants de Noël résonnent

En mission en Afrique, j’ai pensé à ce moment si particulier pour nous. Une nuit j’ai même rêvé. J’entendais répéter dans la salle; chanter, làbas, dans l’église ? “Noël ! Noël ! Jésus est né de Marie ! ” Et je me revoyais à Castelnaudary ou à Aubagne. Pendant des jours ils ont répété les mêmes refrains, Antoine, Marcelline, Casimir, Delphine, frères et soeurs en Afrique.

Je viens de rentrer au quartier. Ces quatre mois de mission m’ont fatigué. Je partirais bien en permission pour un sommeil longue durée. Les autres aussi peuvent se dire cela. Les cadres du régiment, au lieu d’être avec leurs familles ou amis, m’ont rejoint
moi jeune légionnaire, si éloigné des miens, du pays qui m’a vu naître. Je ne suis pas seul, j’ai malgré tout une famille, malgré les épreuves de la vie une patrie, la Légion étrangère. Et ce sentiment me réconforte. Mon rêve ne serait donc pas un rêve...

Nous sommes à la fois si différents et si semblables. Noël est une fête de partage. L’Afrique avec ses pauvretés et ses richesses me l’a encore fait comprendre. Mon rêve continue et je me vois au milieu des bergers de Bethléem intrigués par l’étoile, par la lumière avec ce chant des anges si inhabituel, si beau, si mystérieux, comme parfois nos propres chants...

Nous avons allumé le feu du bivouac. Nous sommes au calme, le souffle reposé. La mémoire de quelques exploits que l’aventure militaire a bien voulu nous donner produit un concert de soupirs, de commentaires entre rires et larmes. Parfois nous frémissons entre le réconfort d’une telle soirée et l’angoisse du rêve qui devient cauchemar, parfois. Et pourtant, le sommeil ne va pas nous assaillir tout de suite... Même les paroles d’un chanteur bien connu me reviennent : “Il suffira d’une étincelle, / D’un rien, d’un geste / Il suffi ra d’une étincelle, / D’un mot d’amour / Pour... Allumer le feu / Allumer le feu. Je souris devant la fl amme mais n’en parle pas à mon binôme qui préfè re au palmarès des célébrités françaises, un acteur costaud porté récemment en triomphe par les légionnaires de la maison-mère. Allez, encore quelques bouts de bois sec pour maintenir la fl amme dans la nuit, un peu de chaleur au clair de lune.

Mes souvenirs de mission nourrissent mon rêve. Nous avons encore beaucoup couru aujourd’hui dans la brousse : avec les premières pluies de la saison, l’herbe est fraîche. À nous deux, nous arrivons à les guider tous à travers bosquets et savanes, ruisseaux et collines : maintenant nous deux sommes bien fatigués : tout le groupe est assoupi, la section à son tour ronfle, bientôt toute la compagnie rêve d’aventures. Moi je rêve mais je ne dors pas. Je n’ai pas sommeil. Marcelline m’a laissé un fond de pâte de maïs avec la fameuse sauce légumes.

Je suis légionnaire; plus jeune, je n’aimais guère l’école, les livres et les cahiers. Mais depuis qu’est-ce que j’ai appris… et je me suis promis d’apprendre tous les jours. Notre école à nous, ou tiens si j’osais, la crèche du petit Jésus, elle est là, c’est la grande savane, l’ombre des baobabs, les rigoles et les termitières, les vautours et les gerboises, les chèvres et les ânes, les fennecs et les antilopes qui jouent près de nous. Je me dis que Jésus est venu une fois à un endroit particulier pour nous montrer qu’il ne faisait pas semblant. Maintenant c’est moi qu’il vient voir que je sois en Afrique ou dans le sud de la France ou outre-mer. Il vient voir chacun dans son pays et sa culture. Il vient nous apprendre à être une famille !

Camarade entends-tu? Le rythme des tam-tams de la foule au loin, dans l’église, des cantiques que je commence à connaître par coeur tellement ils les ont répétés pendant tout le mois : Ça parle d’une mère, qui s’appelle Marie, et d’un nouveau né dans un enclos pour les bêtes : Jésus ! Jésus ! chantent-ils, et d'anges du ciel, “Dieu est des nôtres” chantent-ils : est-ce possible ?
… Et de bergers. Des gens bien utiles mais faisant parfois peur aux gens bien rangés. Ces bergers auraient mérité d'être légionnaires! Me dis-je !

Oui écoute, camarade. Est-ce que ce sont les africains qui chantent comme des légionnaires ou des bergers-légionnaires (voilà que je ne sais plus les différencier) qui se rassemblent comme peut le faire une grande famille africaine à l'échelle d'un village en fête ou d'une paroisse joyeuse.

Ils chantent pour nous : écoute, mon frère, mon ami, mon camarade : “Noël ! un enfant nous est né de Marie” les bergers entendent les anges du ciel : “Emmanuel ! Dieu avec nous !” Comme ils chantent bien ! Je fredonne avec eux, tout doucement.
“Jésus, l'enfant de Dieu est né, Marie l'a enfanté ; les bergers sont réveillés par la grande lumière et les anges.” Regarde bien, légionnaire : tu la vois, cette lumière ? Ferme avec moi les yeux : non, ce n'est pas un rêve ! C'est plus vrai qu'un rêve, c'est du soleil, c'est un sourire au fond du coeur et une douce chanson “Gloire à Dieu ! Paix à toi, Berger !”.

Noël légionnaire, Noël africain, Noël pour former la famille humaine… Tu es mon plus beau Noël !

 

Képi blanc