Mot du rédac'chef - KB n° 726

Maintenir, c'est exister dans la durée

La mission de la maintenance conditionne la réussite à s’engager avec ses matériels "réservoirs pleins et chargeurs garnis, avec ou sans préavis", loin de ses bases, en terrain diffi cile, soumis à un environnement peu ou très peu favorable. Ce n’est pas totalement le cas de la 13 à Djibouti ni des FFDj en général, mais c’est typiquement les conditions dans lesquelles l’emploi de la maintenance est pensé, dès lors qu’on le situe dans un contexte opérationnel. Toutefois, dans la Corne de l’Afrique, une éventuelle action soudaine dans la sous-région peut s’inscrire en arrière-plan et oriente forcément le travail des procédures de la CiMat, au profit des unités soutenues, dans une confi guration et une attente particulières.

Comme la compagnie de maintenance du 2e REP dans d’autres proportions, cette compagnie de la 13e DBLE est une unité mixte, forte de la diversité d’origine de ceux qui y servent : militaires engagés à titre étranger ou issus du régime général, personnels civils de recrutement local. Comme son homologue calvaise, son isolement géographique implique dynamisme et sens de l’évolution : c’est ce que traduisent son effort d’anticipation (prévision des affrétés), sa rapidité de réaction (intervention de terrain) et sa préoccupation de l’économie, de la conservation de "réserves" (gestion des milliers de pièces référencées, loin de la métropole).

Parce qu’ "avant de combattre, une armée doit exister, et pire encore, elle doit exister dans la durée.*". C’est on ne peut plus vrai. Autrefois, durer passait par la présence du forgeron régimentaire qui suivait dans le sillage les compagnies montées pour ferrer leurs mules ; aujourd’hui, ce sont des ateliers roulants qui se déploient en plein désert, pour y exécuter des opérations lourdes ou pointues, sur les blindés ou l’armement, avant qu’ils ne soient rapidement réengagés. Dans ce cas, le spécialiste prend toute sa dimension. Pour autant, l’expertise "maintenance" seule ne se suffit pas.

Dans l’application terrain de leur métier, les "maintenanciers" conduisent souvent en opération leur propre auto-défense, acte élémentaire encore plus réel aujourd’hui que le danger est omniprésent (cf. KB n°723), en convoi ou sur leurs zones d’implantation. Spécialistes multi-techniques, ils n’en demeurent pas moins des combattants.

De même, dans l’organisation interne du recrutement de la fi lière, la vocation du futur spécialiste s’envisage au plus tôt : cent cinquante métiers différents sous le "label maintenance" nécessitent une bonne détection des qualités, immédiates ou supposées, dès l’instruction ; à la Légion, cela a lieu à Castelnaudary dans les premiers mois de service.

En régiment ensuite, l’effort de formation se poursuit par les stages internes (formations de spécialités élémentaires), des qualifications techniques de degré supérieur obtenues en école de spécialisation : c’est la gestion au plus juste de l’effectif destiné aux "filières fines” dont le but est de ne pas appauvrir les postes à pourvoir en unité et garantir leur bon niveau opérationnel.

Enfi n, même en maintenance, il n’y a pas de Légion à deux vitesses et, par conséquent, deux visions différentes du service : celle des guerriers au contact et celle des spécialistes, loin en arrière des lignes. On est avant tout légionnaire et combattant par état d’esprit initial, on devient spécialiste par apprentissage ultérieur, en étant affecté là où le besoin de l’Institution se fait sentir.

Il n’y a qu’un tronc commun, fait d’expérience et de vécu partagés.

Bonne lecture à tous,

* "Tactique théorique", GBR M. Yakovleff.

| Ref : 471 | Date : 04-11-2010 | 7437