Mot du rédac'chef - KB n° 731

Répétez tout après...

L'ancien repose le magazine et se gratte la tête, perplexe. Trente ans de boutique, une vingtaine d'opérations et de séjours derrière lui, une "brochette" de décorations à faire pâlir un maréchal soviétique alourdit son blazer..., il pensait avoir tout vu, tout entendu. Mais là : ça ne passe pas.

Retour des lunettes sur le bout du nez. Il attaque de nouveau la lecture du paragraphe qui provoque son étonnement. Vraiment, on lui aura tout fait, dans cette sacrée Légion !

"A peine sorti des bastion walls de la FOB, le VAB TOP du SUB de Jaune 2 a subi un TIC à 211035Z en plein sur la MSR, à la hauteur des compounds entre COP 67 et le TOC de la TF. ASAP, il a fait un CR au GTIA avec son PR4G et a envoyé un PT SITU par SIR, restituant le drill des procédures apprises au CENTAC pendant la MCP ! Plus tard, atteignant Revellata pour la shura du malek, le VBL de tête a évité de justesse un IED posé sur un hot spot, grâce au DetFos et à la team EOD qui venaient d'intervenir en QRF par DIGH, appuyés par un HAP et couverts par le 10 RC de P1. Au retour, comme son GPS était HS, c'est le JTAC qui s'est occupé du CAS avec le DETALAT. Par chance, il n'y a pas eu d'EVASAN à l'issue du contact."

Répétez tout après... Pfff, j'ai pas fait mon instruction avec Champollion ! Soupire l'ancien en tournant la page. Il n'a pas tort, notre cher ancien... et les lexiques de bas de page seront bientôt plus longs que les articles eux-mêmes ! KB aurait-il défi nitivement cédé lâchement au diktat de "l'acronymat", au point d'en devenir pénible à la lecture ?

A mieux y regarder, plus personne n'ose le ridicule de dire qu'il emprunte le train à grande vitesse quand tout le monde voyage en TGV ; les grands-parents se sont aussi mis à la page et lorsqu'ils qui vont chercher leurs petits-enfants à l'école, ils savent désormais qu'IDD signifi e "itinéraire de découverte" ; enfi n, même les "généraux les plus calés" s'inquiètent de savoir si leur ancien fi dèle subordonné va toucher l'ONM. Nous nous sommes fait, bon gré mal gré, au quatre millions d'abréviations et autre sigles en vigueur, aussi vite qu'internet et sa « novlangue » ont envahi notre quotidien.

Le milieu militaire et son riche vocabulaire regorge de trigrammes et acronymes, n'échappant pas à la règle, chaque nouvelle mission alimentant un patrimoine fourni. Ça ne date pas d'hier, nos anciens y étaient déjà habitués avec une kyrielle de termes (CBC, EVDG, etc.) bien établis dans le langage courant et présents dans les manuels. Si aujourd'hui leur nombre croissant et l'accélération brutale de leur emploi a modifi é notre conversation, il a en revanche complètement marqué nos écrits d'un "style compte rendu radio" regorgeant de sigles, français ou "Otanien", langue véhiculaire internationale militaire, qui ne concèdentp que peu de compréhension au profane, aux non-initiés. L'instantanéité, la primeur de l'immédiat supposés être mieux servis par pléthore de références technico-tactiques, il faut bien en convenir, favorisent notre fl emme, entretiennent nos faiblesses. CQFD !

Pour autant, la rédaction est bien consciente de l'effort à consentir, sans pour cela préjuger de ses forces... Alors, chaque grande fête autorisant de formuler des voeux particuliers pour l'occasion, prenons à partir de Camerone la résolution de veiller à ne pas transformer les colonnes en mosaïque d'abréviations, pour le plus grand plaisir de nos anciens !

BLAT..., oups ! ..., pardon : Bonne lecture à tous

| Ref : 481 | Date : 21-04-2011 | 7071