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Une affaire de chef

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| 25 Avril 2008 | 6070 vues

On a l'habitude de dire : "Camerone ? Mais c'est Danjou et la troisième compagnie, bien sûr !". Oui, ce sont, étroitement liés, le chef et ses hommes : un groupe compact, que personnifie son capitaine et dont la nature propre, toute entière, acquiert, en situation, une puissance hors du commun. Même quasi surnaturelle.

A l'écoute du combat de Camerone, celui qui aujourd'hui tient une place de chef, quelque soit son grade, peut s'y retrouver. Parce que la place qu'il occupe, au sein de l'Institution, ce récit fameux la valorise pour ce qu'il représente, lui : un homme qui ordonne, un homme qu'on suit.

L'exemple de Camerone nous renvoie à notre responsabilité vis-à-vis de nos subordonnés. Le capitaine Danjou sentait l'issue fatale du combat et n'a pas eu à se retourner une seule fois : derrière lui, la troupe formait corps. Tous, ont été fidèles au serment. Le chef porte le poids de cette responsabilité mais il est suivi, parce qu'on sait que de toutes les solutions, il prendra celle qui s'impose à lui, même la plus radicale. Entre le chef et ses hommes, c'est un marché simple : responsabilité raisonnée contre confiance accordée.

Valorisé encore, son rôle l'est dans l'accord de partir avec ceux qu'on lui confie, qui ne sont pas forcément ceux qu'il souhaite avoir. Tous sont formés comme combattants, l'heure n'est donc plus à la sélection pointilleuse. Il embarque vers l'aventure ceux qu'on lui donne, à ce moment-là, du plus imprévisible au plus sûr des subordonnés, du plus rayonnant au plus obscurément inconnu des légionnaires. Et le chef leur manifeste la même et égale confiance, dans un combat dont il ne choisit pas non plus les conditions.

Enfin et surtout, parce que le rôle du chef est d'imposer l'acharnement, la ténacité, l'entêtement à accomplir ce qu'on s'est fixé. Là particulièrement, le combat de l'hacienda
est riche d'enseignement : le flambeau du commandement, par transferts successifs, passe de l'un à l'autre, dans l'ordre hiérarchique, pour finir entre les mains et dans la voix d'un caporal, chef d'un ultime trinôme qui va chercher à infliger pertes et désordre dans les rangs mexicains, jusqu'aux derniers instants. Tant que persiste la volonté de vaincre, il y a toujours une place de chef à pourvoir, pour achever la mission.

En l'absence de défis épiques dignes de Camerone, il se dresse, chaque jour devant nous des difficultés, des obstacles, des choix tellement lourds, qu'on ne sait comment les prendre. Ils appellent un engagement d'autant plus résolu qu'aucune gloire, même à titre posthume, ne viendra les couronner. Gardons alors à l'esprit, guidant nos légionnaires, que la résolution de ces "petits Camerone" est, avant tout, une affaire de chef 

Joyeux Camerone à tous !!