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Mot du rédac'chef - KB n° 728

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| 11 Janvier 2011 | 9186 vues
L'honneur d'un capitaine

Le capitaine Benoît Dupin, commandant la 3e compagnie de combat mécanisée du 2e Régiment étranger de génie a donné sa vie pour la France, vendredi 17 décembre dernier, dans la vallée d’Alasay alors qu’il menait une mission de reconnaissance, dans le cadre des opérations du Battle group Allobroges.
Situé au nord-ouest de Kaboul dans le coeur d’une région au relief tourmenté, le verrou de cette vallée est le théâtre d’accrochages réguliers, opiniâtres ou fugaces, souvent meurtriers ; les insurgés tentant de conserver dans cette zone une certaine autonomie de mouvement, à tout prix. Le capitaine Dupin, commandant la compagnie de Génie-Légion du groupement tactique interarmes Kapisa participait ce jour-là aux travaux préparatoires à l’établissement d’un futur poste de combat bâti au profi t de l’armée afghane, accompagné dans cette mission par d’autres camarades de la force de coalition.

Jeune lieutenant de l’arme du Génie, Benoît Dupin a choisi en 2005 de servir la Légion étrangère, à l’instar de nombre d’offi ciers pour lesquels elle représente, par la singularité de son recrutement, par son identité originale, l’épanouissement professionnel absolu. Le milieu d’engagement par excellence du 2e REG - la montagne - le motivait tout particulièrement. Dès son affectation, il va se donner pleinement et avec enthousiasme à son métier de chef de section, au milieu des légionnaires qu’il s’attache inconditionnellement grâce à ses qualités de coeur. Il réussira avec autant de succès, à acquérir toutes les qualifications en montagne jusqu’à celle de chef de détachement.

Il réalise parfaitement sa vocation d’offi cier : idéal du commandement, de l’obéissance et de la discipline, idéal de l’excellence professionnelle, idéal de camaraderie. Sa trempe, son sens du contact, sa détermination le distinguent et, d’une certaine manière, le confortent dans la voie qu’il s’est tracée ; ces qualités font de lui un chef charismatique, généreux, volontaire, celui qui devient parmi ses pairs un chef qu’on suit, naturellement.

Son engagement personnel et le don de soi dont il fait preuve sont à l’image du degré de minutie avec lequel il a préparé sa compagnie à l’engagement en Afghanistan et de l’énergie qu’il lui a insuffl ée avant la projection, sachant conditionner ses légionnaires avec dynamisme, jusque sur les pentes du Mont Blanc. Spécialistes particulièrement exposés dans l’action, les légionnaires sapeurs n’improvisent jamais et apprécient de leur chef un commandement net : le capitaine Benoît Dupin, rompu à l’imprévu et expérimenté, a toujours placé son honneur de chef à leur ordonner des missions caractérisées par le sens de l’anticipation, l’application méthodique des procédures, la précision dans l’exécution.

Son attitude de chef en opération, sa présence "à la poignée de l’éventail", refl étaient également l’idée qu’il s’était faite de l’honneur de commander dans un tel contexte, combinant avec justesse l’appui à fournir aux soldats de l’Armée nationale et la sécurité et l’assistance à apporter à la population afghane, tout en veillant attentivement au sort de ses hommes engagés.

Dans cette mission, dès le premier jour, il a donné le meilleur de lui-même. Parce qu’elle était taillée à la dimension d’un capitaine…, un capitaine à la dimension qu’aucun n’oubliera.


Adieu mon capitaine,