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Mot du rédac'chef

Mot du rédac'chef

L'honorariat possède un double sens. Celui de pouvoir manifester son amitié hospitalière, en lui donnant une dimension honorifique et celui de formuler de la meilleure façon possible sa reconnaissance, en rendant concrète sa gratitude. Ces deux sentiments, à notre époque d'impolitesse, peuvent être l'un comme l'autre, au pire galvaudés, au mieux expédiés. A la limite, on ne sait même plus remercier, tant on est pressé de le faire.

Se plonger dans les registres jaunis, les blocs de fiches cartonnées, cornées et les listes, longues comme des draps, des attributions de légionnaire de 1re classe ou caporaux honoraires, c'est avant tout voyager dans le temps, dans la "petite histoire qui s'est perdue", dans le plus intime de l'Institution. Et là, surprises ou étonnements se disputent à la curiosité. Mais ce qui demeure, c'est qu'à la lecture des noms et fonctions, peu ont été oubliés d'être remerciés.

La société des honoraires est d'une belle diversité et il n'y a pas un nom qui ne renvoie à l'histoire de la Légion, quelle que soit l'époque.

Outre certains cadres ayant servi à la Légion, c'est une foule d'autres militaires et de civils qui forment l'essentiel des récipiendaires. Les registres fourmillent de Bel-abbésiens travaillant au service du moral, d'infirmières, d'ingénieurs hydrographes, on y trouve même un explorateur, des écrivains et journalistes, des élus, des instituteurs, des commerçants. Une multitude de "sans grade" qui ont pris du galon en participant à la vie légionnaire, en s'investissant généreusement, parfois très simplement, modestement. Au-delà du caractéristique chevron d'étoffe de l'insigne, c'est bien par l'identification comme membre et l'accueil au sein de la communauté Légion, que réside le sentiment de reconnaissance.

Pour les militaires, forcément en service hors nos rangs, la complicité que fait naître l'honorariat est forte. On retrouve selon les dates, les partenaires attitrés de la Marine (de guerre et marchande), fidèles compagnons des projections maritimes nombreuses avant-guerre, des membres des armées alliées, notamment les frères d'armes du RMLE, mais aussi un fort contingent de médecins et infirmières, soutien inséparable des années de feu. Chaque subdivision d'arme opérant avec les légionnaires, partageant les mêmes aventures tactiques ont eu leur lot d'honoraires.

Liés par l'expérience vécue au combat, complices après l'action, c'est donc comme "leur plus belle décoration" (major Stanley Carter, US Army, 1946) que nos frères d'armes portent avec une discrète fierté la marque de leur appartenance à la famille Légion.

Photo : Le général Rollet, alors président des "gueules cassées" et ancien "Père Légion", en visite au 11e REI accompagné du général Hupel, commandant la 7e DI. A cette occasion, il est fait légionnaire de 1re classe d'honneur, au cours d'une prise d'armes à Metzervisse (Lorraine) par le colonel Robert, chef de corps, le 15 mars 1940. Il s'agit probablement de la dernière photo en tenue du général avant son décès le 16 avril 1941.

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